Cela se précise pour le Centre de Rétention Administrative
Le projet de construction d’un Centre de Rétention Administrative (CRA) de 140 places à proximité du Centre pénitentiaire du Gasquinoy semble bien avancer malgré l’opacité totale qui l’entoure….
A l'insu des élus de la Ville et de l'Agglo
La Pieuvre du Midi avait déjà présenté les conditions très particulières dans lesquelles la « candidature » de Béziers pour accueillir cet établissement avait été adressée au Ministère de l’Intérieur par le maire.
Sans que jamais le conseil municipal – qui, pourtant, selon la loi « règle, par ses délibérations, les affaires de la commune » – n’ait été informé et qu’encore moins ne se soit prononcé, Robert Ménard a présenté le dossier de Béziers en accord avec son « ami », le préfet (bulldozer) d’alors, Hugues Moutouh.
Une bonne affaire pour le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui recherchait des sites d’implantation pour augmenter de 3 000 place la capacité d’accueil des centres de rétention. Inutile de préciser que Béziers a d’autant plus facilement été retenue qu’aucune autre ville de la Région n’était sur les rangs.
Deuxième cachotterie, cette fois du maire, en sa qualité de président de l’Agglo, le dossier d’appel d’offres lancé par l’État révélait que les terrains sur lesquels le Centre de rétention (ainsi qu’un stand de tir pour la police et une unité de soins psychiatriques commune pour les détenus du Gasquinoy) seraient construits, appartenaient en fait à l’Agglo.
Là encore, sans que jamais le conseil d’Agglo n’en ait été saisi, on découvrait que le président-maire de Béziers avait offert à l’État le foncier acheté par l’Agglo pour réaliser… la déchetterie de l’Ouest Biterrois, à l’insu des élus en quelque sorte.
Le vendredi 18 octobre dernier, à l’appel du « Collectif Anti-CRA de Béziers », une rencontre publique d’information était organisé dans le quartier du Gasquinoy, sur le parking du city stade, à côté de Lidl.
Les passants et les riverains concernés présents n’avaient, pour la plupart, ou jamais entendu parler du projet de CRA, ou ne disposaient que de très peu d’informations sur ce futur voisinage et s’y sont montrés plutôt hostiles.
De 90 à 210 jours de rétention
Les personnes étrangères qui font l’objet d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) et qui, dépourvues de papiers d’identité, doivent obtenir un document de voyage permettant leur expulsion vers leur pays d’origine, sont retenus en CRA.
À ce jour, la durée maximale de rétention ne peut dépasser, sous contrôle d’un juge, 90 jours. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau voudrait la porter au-delà, à 210 jours (!).
Le coût de ce CRA est évalué à 40M€. Devant le vent de contestation qui pourrait bien se lever, d’abord dans le quartier qui s’est urbanisé depuis la construction du centre pénitentiaire, Robert Ménard s’affirme « droit dans ses bottes » : « Évidemment, cela ne peut pas être populaire mais je fais les choses si j’estime qu’il faut les faire. »
Quant au Préfet, il confirme à Midi Libre (du 20 octobre) que ce CRA (qui justifiera l’effectif de 200 policiers nationaux) « est très favorisé par Robert Ménard » (ah bravo). Il indique aussi que « le calendrier sera tenu », à savoir avec une ouverture en 2027.
Selon lui, « il est faux de dire que cela va faire monter l’insécurité à Béziers. On n’a jamais vu des sujets d’insécurité dus à l’ouverture d’un CRA ».
Pas d'insécurité ? Juste des incendies et des évasions...
Pourtant, les faits semblent contredire le Préfet.
Ainsi à Sète, en mai 2024, dix personnes « retenues » au CRA, sont parvenues à s’en évader par le toit… Huit autres personnes, en attente d’expulsion, s’étaient également échappées en avril 2023… en raison d’un défaut de fermeture de porte.
À Nîmes, un incendie, en septembre 2023, a été provoqué pour faire diversion à une tentative d’évasion. Le mois précédent (août), le même scénario avait déjà permis à huit personnes retenues de s’échapper.
Alors « pas de sujets d’insécurité dus à l’ouverture d’un CRA », c’est sûr ? certain ?
À Lyon, le CRA n°2, inauguré en 2022 a suscité une vive protestation des avocats du Barreau de Lyon qui décrivent une « situation dramatique, des conditions de vie complètement déshumanisées qui génèrent un climat de violences inacceptables ».
Selon le Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté (CGLPL), les CRA sont « inadaptés, sous-dimensionnés, anxiogènes, dégradés et mal entretenus ».
Si elles sont en situation irrégulière, la plupart des personnes qui y sont retenues n’ont jamais été condamnées pour quelque délit que ce soit.
Alors en période de crise budgétaire, il faudrait mobiliser 800M€ pour créer 3 000 places supplémentaires. Est-ce là une priorité ? La question peut légitimement se poser.
ASTA
