CHARITÉ BUSINESS

TRAFIC DE RENDEZ-VOUS
ET RACKET DES ÉTRANGERS

IL Y A QUELQUES JOURS, LA PRÉFECTURE DE L’HÉRAULT a publié un communiqué à la tonalité inhabituelle. Elle y dénonçait l’action d’individus peu scrupuleux agissant sur internet et se livrant à un véritable trafic au détriment de ressortissants étrangers.

De quoi s’agit-il exactement ?

Pour obtenir un titre de séjour, son renouvellement lorsqu’il va arriver à échéance, toute personne de nationalité étrangère, domiciliée dans l’Hérault, doit obtenir un rendez-vous au service des étrangers de la Préfecture (ou Sous-Préfecture). Ces entretiens se prennent sur internet. Environ 15 000 rendez-vous sont fixés chaque année de cette façon. Mais c’est là que les difficultés commencent. Le système de réservation sur la toile a permis à toutes sortes d’individus voire de véritables officines d’exploiter un nouveau filon. En organisant une sorte de veille permanente, ils préemptent en quelque sorte tous les créneaux disponibles, rendant la démarche quasi inaccessible pour les personnes qui, en toute bonne foi, tentent d’obtenir un rendez-vous indispensable. Faute d’y parvenir, elles se retrouvent devant un dilemme : prendre le risque de voir leurs titres de séjour arriver à expiration sans avoir pu entreprendre les démarches pour leur renouvellement. Soit elles se résignent à s’adresser (grâce au bouche-à-oreille) à l’un des « intermédiaires » trafiquants qui va « revendre » un rendez-vous déjà réservé. Selon le principe, « ce qui est rare est cher », les prix montent. 20€, 30€, 50€ sont les tarifs pratiqués à Béziers, à la Devèze, à Gambetta. Ce n’est pas sans risque car on peut avoir affaire à de véritables escrocs qui, dénonce la Préfecture, « revendent à plusieurs usagers un même rendez-vous sur la même plage horaire ». Guilhem Richaud, dans son billet paru dans Midi Libre s’est indigné de ces « pratiques misérables » qui surfent sur la misère humaine. Mais, si la Préfecture a eu raison de mettre en cause publiquement ces pratiques et de s’en indigner, cela ne peut suffire. Il convient de prendre des mesures pour « assécher » ce filon. Les trafiquants, lorsqu’ils obtiennent un rendez-vous, ne sont pas en mesure d’indiquer le nom et le mail du véritable bénéficiaire… et pour cause, ils ne le connaissent pas, le « client » n’ayant pas encore été arnaqué. La « brèche » dans laquelle ils s’engouffrent, c’est que de nombreux ressortissants étrangers n’ayant pas de mail personnel ne peuvent pas obtenir d’entretiens sur internet sans intermédiaire…

Il faut trouver la parade

La Préfecture recommande aux usagers « de refuser systématiquement les propositions mercantiles » afin que les plages de rendez-vous redeviennent disponibles.
Cela ne saurait suffire. Ce trafic – qui, sous couvert de « rendre service » a tiré parti des failles d’une « usine à gaz » électronique, pour exploiter des personnes démunies, impuissantes, craignant de ne plus être en règle – doit cesser. Ces officines ont pignon sur rue à Béziers (comme à Montpellier d’ailleurs). Le pire est que des associations, des travailleurs sociaux en viennent à conseiller d’y avoir recours, faute de pouvoir obtenir ces précieux sésames. La pénurie de personnel disponible dans les services préfectoraux a généré un système qui alimente les trafiquants et exploiteurs. La République dans son ensemble peut-elle tolérer plus longtemps ces pratiques de racket ? Pas sûr… ASTA

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