LA FAC DE DROIT, REPAIRE DES FACHOS?

CHEZ LES VOISINS (2/2). LES HEURTS DU 22 MARS À MONTPELLIER ONT CHOQUÉ BEAUCOUP DE MONDE, MAIS PAS LE PISCÉNOIS PAUL ALLIÈS.

LES ÉVÉNEMENTS DU JEUDI 22 MARS À LA FACULTÉ DE DROIT de Montpellier ont défrayé la chronique. Et pour cause, l’intervention très musclée d’un commando de personnes encagoulées pour « évacuer » l’amphithéâtre de jeunes étudiants .Pour rappeler très rapidement les faits, le jeudi 22 mars au soir, des étudiants majoritairement issus de l’université de lettre Paul Valery décident, à l’occasion de la journée de mobilisation nationale pour la défense du service public, d’aller occuper l’amphithéâtre de la Fac de Droit qui se trouve en centre-ville. La situation géographique de cette université n’a rien d’anecdotique, elle est la seule dans ce cas, et c’est symbolique. Vers minuit, une dizaine d’individus masqués font irruption, armés de lattes de bois, de gants renforcés et de pistolets à impulsion électrique. Ils frappent les étudiants grévistes, faisant plusieurs blessés, dont trois sont envoyés à l’hôpital Lapeyronie de Montpellier. Des brimades, des insultes racistes et homophobes sont entendues par plusieurs témoins à cette occasion. Dans la foulée, le doyen de la Fac de droit, Philippe Pétel est mis en cause, accusé par des étudiants d’avoir été présent au moment de ces violences, de n’avoir rien fait pour les empêcher, voire même selon certaines victimes d’avoir ouvert la porte aux agresseurs. Dans une interview accordée à France 3, le doyen se défend d’être à l’origine de l’attaque. Il estime toutefois que ceux qui ont passé à tabac les grévistes «ont voulu se défendre» et qu’il «ne peu[t] pas les en blâmer». Le rôle ambigu de Philippe Pétel et ses propos l’amènent à démissionner dès le lendemain soir, juste après que le parquet de Montpel
lier a déclaré, par la voix du procureur de la République avoir «ouvert une enquête pour des faits de violences en réunion et avec arme», précisant que cette enquête vise «également l’intrusion». Depuis, les manifestations se sont poursuivies et le 27 mars, le président de l’Université Philippe Augé a décidé que la réouverture de la Fac de Droit et de Sciences politiques aurait lieu le mardi 3 avril. Voilà, à l’heure où ces lignes sont écrites, la situation… qui continue de choquer. Jamais on aurait imaginé voir une telle scène se produire dans une université, à Montpellier qui plus est. Pourtant, l’ancien doyen de la Fac de Droit (1989-94), le piscénois Paul Alliès, n’est pas surpris. Sur son blog*, il affirme que ces violences ont des racines historiques et que ces faits-là ne sont pas exceptionnels, relevant de la politique plus que de la délinquance. Dans un argumentaire parfaitement calibré, il explique que la Fac de Droit a toujours vécu le « syndromePaul-Va », véritable «Sodome et Gomorrhe». Il livre la paranoïa quand des mouvements étudiants naissaient à « Paul-Va »: «Les doyens étaient saisis d’une angoisse: l’invasion de leur établissement par les « hordes » venant de Paul-Va. D’où fermeture des portes, des « protections » policières, des contre-manifestations (avec des profs en robe académique).» Surtout, il contextualise le tout, via l’histoire politique locale dans laquelle «la Fac de Droit a joué un grand rôle»: «C’est celle d’une version notabiliaire de la droite extrême sous ses diverses formes»… celle du Midi Blanc. Celle «des Mistraliens, des Félibres anti-dreyfusards, des nostalgiques de Léon Daudet et de l’Action Française, celle des Pétainistes»… Il conclut: «La sanctuarisation de cette France rance, antisémite, pétainiste, identitaire est une opération qui a ses interprètes dans l’université, dans la magistrature, dans les médias. C’est ce qui est en cause dans les violences de la Fac de Droit de Montpellier. Leur condamnation ne doit pas s’arrêter à la démission d’un doyen. Elles appellent de la part du gouvernement, des autorités universitaires, de notre part, la plus grande vigilance. Et un droit de su ite…» AL

 

 

 

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