MÉNARD… EN MARCHE?

VARIATION. LE MAIRE DE BÉZIERS A LA PARTICULARITÉ DE CHANGER D’IDÉES COMME D’AUTRES DE CHEMISES… ENFIN SUIVANT CE QUE LES SONDAGES D’OPINION INDIQUENT.

POUR REPRENDRE UN CÉLÈBRE DICTON, ON POURRAIT dire: « Souvent Ménard varie… bien fol est qui s’y fie »… On a pu le vérifier avec l’opinion émise sur Marine Le Pen avec laquelle le maire de Béziers se disait d’accord à 80%, avant d’avouer qu’elle lui avait fait honte lors du débat d’entre deux tours des présidentielles. Même le départ du mauvais génie de cette dernière, Florian Philippot, partisan du retrait de l’Euro et du « ni droite – ni gauche » n’aura pas suffi à la faire revenir en grâce.

De même, un temps, Robert Ménard avait-il témoigné de sa proximité avec… François Fillon avant de s’en détourner quand il a explosé en vol. En général, l’auteur de Vive Le Pen et de Pour une droite du réel en matière politique « achète à la hausse » et « revend à la baisse » quand la côte chute.

Mais l’évolution la plus spectaculaire, c’est avec Emmanuel Macron qu’on peut la constater. Avant l’élection présidentielle, le jugement sur le candidat Macron était sans appel: «C’est vieux comme le monde, vieux comme la banque, vieux comme les médias, ça n’apporte rien.» Macron, c’est «l’énarque type… il lui manque quelque chose, l’avis des petites gens, de ceux qui n’ont jamais la parole.» Macron, c’est l’incarnation de la nouvelle sociale-démocratie (ce qui, pour Ménard, n’est pas un compliment) contre laquelle il faut réussir l’union des droites…

Mais depuis, Robert Ménard semble, une nouvelle fois, avoir changé d’opinion sur le sujet… sans transition. Dès le 10 mai 2017, trois jours après la victoire d’Emmanuel Macron, il reconnaît son erreur de jugement: «J’ai été un crétin de croire que c’était un hologramme qui allait disparaître.» Puis: «Il a ringardisé toutes les organisations politiques, même le FN»… Mais encore: «Il n’a pas gagné à cause de la finance et des médias, ça fait l’économie d’une analyse. Il a gagné parce que les Français en avait marre du personnel politique… On a beaucoup moqué sa façon de finir certains meetings en disant « Je vous aime ». Moi le premier, je trouvais ça un peu ridicule. C’est lui qui a raison. Les gens ont besoin qu’on les aime, qu’on les écoute.»

Aux réformes de Macron, notamment avec JM Blanquer pour l’école, il applaudit «des deux mains». «C’est posé, c’est réfléchi, c’est fait pour le bien de nos enfants.» Quand le président de la République dénonce les passeurs qui exploitent les réfugiés en Afrique: «Qui sont les trafiquants? Ce sont… des Africains.» Le tweet « ménardien » de félicitation est immédiat: «Macron a tenu un langage de vérité à Ouagadougou… ça fait du bien.»

Il est loin le temps où le candidat Macron était «un traitre à la France» pour avoir dénoncé la colonisation en Algérie comme un crime contre l’humanité… c’était en février 2017. Emmanuelle Duverger-Ménard n’était d’ailleurs pas en reste sur le sujet. Aux législatives, elle déclarait: «Voter pour le candidat Emmanuel Macron, c’est trahir les rapatriés d’Algérie et les Harkis, c’est cautionner ses propos sur l’immigration qui serait une chance économique, sociale et culturelle…» À l’époque, «Macron incarne tout ce qu’on ne veut plus», comme le disait le mari de la députée sur Boulevard Voltaire.

Mais si depuis, le maire a reconnu ses fautes -«J’ai dit beaucoup de bêtises sur Macron»-, il n’est pas le seul à la droite de la droite à regarder le fondateur d’En Marche avec une certaine bienveillance. Philippe de Villiers, Éric Zemmour… jusqu’à Jean-Marie Le Pen lui trouvent des qualités: «Il incarne bien la fonction». «J’avais dit que c’était une bulle médiatique, qu’il ne gagnerait pas les législatives, qu’il ne résisterait pas plus de six mois… Or, il résiste très bien. Dire le contraire serait d’une rare mauvaise foi», confesse encore Robert Ménard.

Le fait qu’un récent sondage révèle que les Français jugent que la République en Marche se situe… à droite à 50%, alors qu’ils n’étaient qu’un tiers à l’estimer ainsi il y a un an… est peut-être aussi un indice. Si l’on veut rassembler « toutes les droites », comment ignorer les Français qui jugent que Macron fait une politique de droite? En tout cas, ce ne sont pas les propos d’Emmanuel Macron devant les évêques, dans lesquels il souhaite réparer «le lien abimé» entre l’Église catholique et l’État… que devrait désapprouver Robert Ménard. ASTA

 

 

 

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