Le Sous-Préfet siffle la fin de la récré

Page 8 Le Sous-Préfet tire les oreilles
Christian Pouget n’aime pas qu’on arrange à sa sauce la vérité. Aussi, pour répondre aux propos tenus par Robert Ménard qui affirmait que « le Sous-Préfet [interdisait] à la Police Municipale d’intervenir à la Devèze » lors d’une réunion du Comité du dit quartier, il n’a pas hésité à lui envoyer une lettre dans laquelle il affirme que non seulement ses propos sont inexacts, mais qu’en plus, selon une charte que la Pieuvre s’est procurée, toutes les règles n’ont pas été respectées du côté de la municipalité…

LES FAITS : CHRISTIAN POUGET « CORRIGE » ROBERT MÉNARD

C’EST CONNU, QUAND LA SITUATION L’ARRANGE, ROBERT MÉNARD N’HÉSITE jamais à prendre certaines libertés avec la vérité. On pourrait multiplier à l’envi les exemples. Alors certes, tout lycéen de Terminale bûchant ses cours de philo pourrait rétorquer que la vérité n’est pas la réalité, qu’elle est subjective et que selon son éducation, sa culture personnelle, il y a autant de vérités que d’individus… et ce futur bachelier aura raison. Cependant, on ne peut éhontément colporter des mensonges sans que ceux-ci soient à un moment où à un autre repris au vol. C’est ce qu’a fait le 7 novembre dernier le Sous-Préfet Christian Pouget suite à une réunion du Comité de quartier de la Devèze, dans une lettre au maire, dans un modèle de soufflante, élégant certes mais terrible pour celui qui le reçoit. En bref, on n’aurait pas aimé être à la place de Robert Ménard quand il a pris connaissance du courrier.
Mais bon, comme le disait le poète perse Nizami, au XIIe siècle : « Qui sème le vent récolte la tempête… » La scène se déroule le 30 octobre donc, à la salle Albert Camus de la Devèze. Un peu dans la confidentialité, beaucoup de riverains se sont par exemple plaints de ne pas en avoir été informés. Face aux habitants, se trouvent le maire de Béziers, le représentant de l’Agglo, celui de l’OPHLM et enfin la déléguée du Préfet qui va devenir le punching-ball de Robert Ménard.

Pour dévaluer le rôle de l’État à Béziers…

Après avoir fait un tour complet de l’avenir (plan de renouvellement urbain) et des problèmes (collecte des déchets, restauration de la sculpture de Masri) du quartier, vint le sujet de l’insécurité sur lequel Robert Ménard s’en donne à cœur joie sur la déléguée du Préfet, parce que « sa » police n’avait pas eu l’autorisation d’intervenir dans le quartier. Alors que cette dernière expliquait la procédure en vigueur – c’est-à dire les grandes lignes de la convention signée par le premier magistrat biterrois, le Sous-Préfet et le Procureur -, le maire a qualifié cet écrit de « stupide ». Puis, avec l’esprit ouvert et tolérant qui le caractérise, il lui a indiqué qu’elle n’avait « rien à dire » parce qu’elle n’habitait « pas à la Devèze » (Robert Ménard non plus d’ailleurs, mais bon…). Autant dire que Christian Pouget a très peu goûté l’agression verbale du maire et le lui a signifié dans une lettre écrite le 7 novembre dernier qualifiant ces propos au « caractère désagréable » de « peu courtois ».
Mais plus que la forme, c’est le fond que le Sous-Préfet ne supporte pas. Quand il entend Robert Ménard déclarer que « le Sous-Préfet interdit à la police municipale d’intervenir à la Devèze », il s’insurge en rappelant la teneur de la convention qui définit la coordination entre la Police municipale et les forces de l’ordre nationales renouvelée cet été (voir par-ailleurs) : « L’article 8 précise que  »toute patrouille ou intervention de nuit en ZSP* doit faire l’objet d’une information préalable du commissariat de Béziers ». Nulle interdiction donc mais un simple souci que chacun comprendra de coordination de l’action des forces de police. » En bref, la Police municipale est tenue d’informer de ses actions et ne pas partir « en cow-boy » à l’aventure. Si elle ne respecte pas les règles, comme cette fois-là en l’occurrence – « à ma connaissance, le commissariat n’a pas été appelé », indique Christian Pouget – il est tout à fait normal qu’elle se retrouve face à une interdiction d’intervention émanant de la sous-préfecture.

…Robert Ménard s’amuse à créer une guerre des polices…

Ce n’est pas nouveau, depuis qu’il s’est aperçu que les pouvoirs de la Police municipale ne pouvaient égaler ceux de la nationale, Robert Ménard s’amuse à accuser le commissariat de tous les maux. Depuis peu, ses attaques se sont même intensifiées. Quand il était allé à la rencontre des riverains du quartier Ricciotti, le 9 octobre dernier, en expliquant que, sur les incivilités et les trafics de drogue, lui aussi il en avait « ras-le-bol de la racaille » il n’avait pas hésité à déclarer par exemple qu’il attendait « de l’État et de la Police nationale qu’ils assurent notre sécurité ! ». Dans la foulée, suite à deux faits divers des 9 et 11 octobre (une conductrice de bus agressée et des coups de feu tirés sur un bus), il avait posté un communiqué sur les réseaux sociaux : « Ces violences sont intolérables. Leurs auteurs doivent être sévèrement punis. (…) La sécurité est une priorité. Il faut s’en donner les moyens. À commencer par l’État dont ce devrait être la première des missions »**. Le maire pense t-il réellement berner les Biterrois en pointant l’État et la Police nationale comme coupables alors qu’en matière d’insécurité il est impuissant ? Il peut doubler les effectifs, les armer, les mettre à cheval juste avant de les ranger à l’écurie, ses services de sécurité seront toujours au service de la nationale. Aussi, les accusations proférées par Robert Ménard sont un peu irresponsables, Christian Pouget en convient à demi-mot : « Je lui laisse la responsabilité de ses propos. »

… du coup, Christian Pouget livre les chiffres de subvention de l’État en les comparant à ceux de la Ville

En plus, on a l’impression que toute cette « non-intervention » est un épiphénomène. Les rapports entre les deux polices sont plutôt bons ces derniers temps. « La difficulté, c’est de bien faire la différence entre les tweets parfois très provocateurs du maire de Béziers et l’action au quotidien de la Police municipale et des forces de sécurité de l’État qui se passe plutôt normalement, indique Christian Pouget. Je n’ai pratiquement pas de retours négatifs du travail des polices nationale et municipale quand elles sont amenées à travailler en commun. » Il semblerait donc que Robert Ménard se fasse un malin plaisir à faire monter la mayonnaise d’une polémique montée de toute pièce, en essayant de démontrer par tous les moyens le désintérêt de l’État pour la cité cathare. Lors de la réunion à la Devèze, il en a remis une couche d’ailleurs en stigmatisant l’absence du Sous-Préfet, alors que ce dernier, comme il le fait remarquer dans son courrier, n’avait pas été « invité ». Mais de tout le stratagème du maire de disqualifier l’État et son représentant Christian Pouget n’est pas dupe. Aussi, dans son courrier, il s’est permis de rappeler au premier magistrat, ainsi qu’au comité de quartier qui avait omis de l’inviter que la Devèze fait « l’objet d’une attention particulière de l’État puisque sera bientôt signée la convention pluriannuelle de NPNRU*** pour un montant de 140M€ d’investissements. Sur ce montant, l’Agglo interviendra pour plus de 11M€ et la ville pour 5,7M€ (!). Le reste des financements relevant des subventions de l’État (ANRU****), de prêts de la caisse des dépôts souscrits par l’OPH de Béziers et de partenaires publics et privés. » « Ce n’est pas tout, j’aurais pu aussi rajouter les aides de l’État à l’amélioration du système de vidéo-surveillance ou encore sur la rénovation des Halles mais je souhaitais rester sur le quartier de la Devèze, sourit-il. Je ne pouvais pas de toute façon laisser passer la petite musique que joue le maire à chaque fois. » En bref, Robert Ménard est vivement invité à changer de disque… PEA

 

 

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