Ça part complet en sucette à Saint-Chinian

Le 14 juillet à Saint-Chinian, juste après le feu d’artifice, une violence altercation s’est déroulée, entre des élus de la commune – dont le premier magistrat Bruno Enjalbert – et la famille Brugiroux. Que s’est-il passé exactement ? difficile à écrire tant les témoignages divergent. On se renvoie des deux côtés la balle de la responsabilité. En tout cas, il y a vraiment quelque chose de pourri dans le cinquième des dix lieux au monde où il fait bon de vieillir selon le classement de la chaîne de télévision américaine CNBC… La Pieuvre du Midi a mené l’enquête. 


L’ÉNIGME DE LA « BELLE » RIXE

ON EST LE JEUDI 19 JUILLET, EN PLEIN APRÈS-MIDI. La Pieuvre est tranquillement en vacances quand le téléphone sonne. À l’autre bout du fil, le maire de Saint-Chinian, Bruno Enjalbert, énervé, emporté, indigné… La cause de son courroux? Les journalistes bien sûr. Une fois de plus, une fois encore, serait-on tenté d’écrire. Un article de Midi Libre (du 16 juillet) sur un fait divers hallucinant, concernant une rixe dans sa commune à laquelle le maire a participé, le met hors de lui : « Ce n’est pas possible, rien n’a été vérifié. Des choses affirmées sont fausses. Je ne peux pas laisser passer cela ». Soit. L’hebdomadaire satirique serait-il donc devenu le réceptacle des doléances de certains élus mis à mal par le grand quotidien régional ? Il semblerait. Pourtant la loi prévoit le droit de réponse pour cela. Avant d’aller tout vérifier, la Pieuvre tient à signifier que le travail de son confrère, JeanPierre Amarger, est excellent. Ce dernier s’en tient aux faits et rien qu’aux faits, donnant le point de vue de chaque partie concernée, et que même en cherchant la petite bête, on n’a strictement rien à lui reprocher. Ceci posé, voici l’histoire…

Les faits : Après le feu d’artifice, tout bascule

Même si on est à la veille de la finale de la coupe du Monde de football, le feu d’artifice du 14 juillet 2018 à Saint-Chinian se déroule comme tous ceux des années précédentes sans histoires. Sans heurt, ni haine, ni violence. Après que les derniers tirs sont partis vers le ciel, tous les badauds regagnent tranquillement leurs pénates. Venus assister au spectacle, le maire et deux de ses adjoints, jouent les voitures-balais, en attendant que la foule ait évacué les lieux pour partir. Quand vient le moment, ils choisissent d’emprunter la rue où se trouve le domicile des Brugiroux, une famille avec laquelle la municipalité saint-chinianaise est en « conflit ». Quelques minutes plus tard, une rixe éclate, entre le clan du maire et celui des Brugiroux. C’est violent, très, très violent, les photos illustrant l’article de Midi Libre montrent deux des protagonistes, Bruno Enjalbert et Clément Brugiroux, salement amochés suite à l’altercation. Que s’est-il donc passé ce soir-là? Les témoignages évidemment divergent.

Deux clans : Deux versions

Les deux parties se renvoient la responsabilité du début du litige. Pour l’un, le maire, ce sont les Brugiroux qui ont commencé. « Je n’ai pas l’habitude de passer par cette rue, mais comme mon épouse m’avait donné rendez-vous devant mon cabinet médical, je me suis dit que c’était le chemin le plus court, relate Bruno Enjalbert. Là, Clément Brugiroux nous est tombé dessus pour nous agresser, rapidement aidé par sa mère et son père. » Pour l’autre, c’est le premier magistrat qui lancé les hostilités. « Un des adjoints a tambouriné à la porte du domicile de mes parents, je suis descendu et je me suis fait agresser, ma mère et mon père sont alors venus m’aider. » Les deux parties ne nient pas la bagarre. Tout juste le maire affirme : « Nous n’avons fait que nous défendre »… Les blessures sont en tout cas visibles, des deux côtés. Mais même là, il y a litige. «Sur la photo de Midi Libre, on voit que Clément Brugiroux a le nez amoché et du sang sur les joues. Or les lois de la gravitation font que le sang va vers le bas. Il s’est donc badigeonner le visage avec du « ketchup ». » Clément Brugiroux préfère ironiser: « Vous voyez sur la photo le sang qu’Enjalbert a sur la chemise ? c’est le mien. » En l’état, il est difficile de démêler le vrai du faux et savoir qui dit la vérité. C’est aux forces de l’ordre et à la justice (vu que les deux parties ont porté plainte) de la faire sortir, via des entretiens contradictoires (voire des analyses de sang comme dans la série « Les Experts » ?).

Le passif : Des actions judiciaires en cours E

Entre la municipalité saint-chinianaise et la famille Brugiroux, il y aurait un passif judiciaire. Et ce n’est pas un cas unique puisqu’il semble que Bruno Enjalbert attaque au tribunal plus vite que son ombre… Preuve en est cet article de Midi Libre paru le 23 juillet, nommé « Citation nulle : le maire doit revoir sa copie », où le premier magistrat saint-chinainais a poursuivi au tribunal un de ses administrés (qui n’était pas un membre de la famille Brugiroux) pour des propos diffamatoires. Où ces allégations ont-elles été tenues ? dans quel lieu ? sur les réseaux sociaux ? C’est sur ces interrogations que la défense s’est appuyée pour demander la nullité de la citation, et elle a été relayée par le représentant du parquet. Résultat ? Le tribunal les a suivis « car les termes de la prévention étaient insuffisamment précis », selon le quotidien régional. Mais pour revenir au sujet des affaires contre les Brugiroux, selon Bruno Enjalbert, la mairie aurait attaqué le fils Clément pour vol de correspondance municipale alors qu’elle était traduite au tribunal pour licenciement abusif et qu’elle avait répliqué pour absence injustifiée. Quant au père Maurice, c’était pour des courriels et SMS comminatoires à l’encontre du maire et des conseillers municipaux. Ce qui est cocasse dans l’histoire, c’est qu’au départ tout semblait bien aller entre les deux clans. C’est Bruno Enjalbert qui a recruté Clément Brugiroux en 2016 et qui a de nouveau fait appel à ses services à l’été 2017. Dans la coulisse, on explique que c’est le départ de sa mère du Foyer rural qui aurait mis le feu aux poudres et cassé les liens. « Je ne souhaite pas communiquer sur ce thème qui n’a aucun rapport de près ou de loin avec la rixe du 14 juillet », commente Clément Brugiroux.

La tactique : pour le maire, la meilleure défense, c’est l’attaque

Pour le maire de la commune, il n’y a pas 36 solutions, il faut d’abord « communiquer » sur l’affaire et ensuite « dénigrer » son opposant. Très rapidement (le 15 ou le 16 juillet) Bruno Enjalbert a placardé sur la devanture de son cabinet médical une photo de lui le visage tuméfié avec comme commentaire : « Dr B. Enjalbert. M. le Maire sera absent jusqu’au 6 août 2018. Il a été victime d’une agression le 14 juillet. Les tendons et nerfs du pouce sont sectionnés. Il a réçu 18 coups de matraque sur la face (sic), le crâne, les épaules et les bras. Merci de votre compréhension. Les auteurs de cet acte sont clairement identifiés comme opposants à l’action municipale et font partie d’un groupuscule prénommé « les indignés ». Les consultations reprendront lundi 6 août 2018 à 9h.» Les « indignés ». Le mot est lâché par le maire. Il s’agit d’un groupe qui a créé une page sur Facebook et qui mène la vie dure à Bruno Enjalbert. Ce dernier semble d’ailleurs avoir décidé d’attaquer en justice certains intervenants de cette page. Dont ferait partie, toujours selon Enjalbert, Clément Brugiroux, qui sous le pseudo « Alan Padavoine-Kenobi », tiendrait des propos diffamatoires à son égard. « C’est complètement faux, indique le fils Brugiroux. Je ne fréquente plus Facebook depuis bientôt sept ans. J’ai supprimé mon compte et je ne m’y rends que très rarement, surtout pour consulter les écrits, pas pour y participer. On peut facilement vérifier mes dires via l’adresse IP. On pourra se rendre compte que je dis la vérité. » Bruno Enjalbert n’en démord cependant pas. Il cherche par tous les moyens à discréditer son opposant dans la rixe. « Dans Midi Libre, il est notifié qu’il était directeur général des services, c’est totalement faux. Il a été recruté pour un emploi saisonnier comme agent des services administratifs. Il n’a jamais occupé la fonction de DGS, même si le poste était vacant, du fait de l’arrêt maladie de la titulaire, Annick Marcon. C’était un gratte-papier. Il faisait ce que je lui disais de faire. » Et pour étayer ses dires, le premier magistrat a envoyé à la Pieuvre les documents relatifs à l’embauche de C. Brugiroux, où il n’est effectivement nullement question de remplacement au poste de DGS, mais d’agent des services administratifs. « Mais cet écrit ne veut rien dire, rétorque l’ancien « agent ». Même un saisonnier peut remplacer un DGS dans ses fonctions. » À son tour, pour prouver sa bonne foi, Clément Brugiroux, a fait passer à la Pieuvre la preuve que son contrat signé en 2017 était régi « sous l’article 3-1 de la Loi du 26 janvier 1984 qui stipule qu’il peut être fait appel à des contractuels pour remplacer des agents malades ». De plus, il a été remis à l’hebdomadaire satirique, un courrier envoyée à la secrétaire de la mairie, dans lequel le premier magistrat signifiait explicitement que « l’agent » occupait certaines fonctions d’Annick Marcon: « En l’absence momentanée de Madame Marcon, afin que les erreurs commises depuis son départ ne se renouvellent plus, j’ai décidé de nommer monsieur Clément Brugiroux remplaçant de Mme Marcon et responsable unique de la bonne marche du courrier. Il a l’obligation de lire tout message rentrant et sortant avant de le distribuer. C’est pour cette raison qu’il est le seul détenteur de l’accès à la messagerie de la Mairie.» Sans parler des mails échangés entre la directrice des ressources humaines et Clément Brugiroux, ni de ceux entre ce dernier et le maire qui lui a fait alors ce compliment, le 11 août 2017: « Vous avez raison de tout savoir, c’est aussi votre job. Vous avez à apprendre et un jour, vous irez faire DG dans une grande mairie.»

Tout le monde à la gendarmerie le 23 juillet

Si, le 23 juillet, les deux clans ont rendez-vous à la gendarmerie, ce n’est pas géographiquement au même endroit. En effet, pendant que l’équipe municipale menée par Enjalbert est auditionnée à celle de Béziers, la famille Brugiroux elle, l’est à Cazouls-les-Béziers. On ne sait pas grand chose de la suite des événements, si ce n’est que chacune des parties semble être restée campée sur ses positions… et que le maire, souhaitant que la justice fasse son travail, se refuse désormais à tout commentaire. Ce bel imbroglio est donc (évidemment) à suivre…

LE CONTEXTE : UN CLIMAT DÉLÉTÈRE DEPUIS 2014…

IL EST POSSIBLE D’ÉCRIRE QUE DANS SON NUMÉRO 73, LA PIEUVRE DU MIDI, dans le cadre de son tour des villages, s’est régalée d’aller se promener à Saint-Chinian. D’abord parce que cette commune est magnifique (si la chaîne de télévision CNBC l’a classée en 5e place des dix lieux au monde où il fait bon de vieillir, c’est tout sauf un hasard) et ensuite parce que la vie municipale y est tumultueuse. Cette situation donnait du grain à moudre et des articles à écrire…

Donc comme il était écrit dans la Pieuvre d’octobre 2017 dernier, en plus des ombres de Robert Tropéano (ancien maire PS de SaintChinian de 1983 à 2014) et de Robert Ménard (maire de Béziers) qui planaient sur la commune, que le patrimoine semblait bradé, que le conseil municipal ne tenait qu’à un fil, on notait que le syndrome du burn-out était en vogue dans le personnel municipal du village. Au point qu’en août 2017, Bruno Enjalbert avait écrit au Préfet pour s’en émouvoir. En effet, depuis janvier de la même année, la municipalité a dû faire face à un nombre croissant de maladies professionnelles.

Sinon ? L’opposition mène toujours la vie dure au maire. Les « indignés » sur Facebook ne cessent de fustiger sa politique. De manière parfois violente et diffamatoire selon le maire qui n’hésite plus à les attaquer tous azimuts. Représenté qu’il est, selon les dossiers, par Maître Hiault-Spitzer (qui s’occupe quelquefois de Robert Ménard aussi) ou par Maître Maraval (qui le défend dans l’affaire de la rixe avec les Brugiroux). Ambiance, ambiance… Bref, si on vieillit bien à Saint-Chinian, on peut affirmer également qu’on ne s’y ennuie pas… vraiment pas… PEA

 

 

 


 

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